Partager ses phobies

Visiblement, Monique n’aime vraiment pas non plus être prise en photo – celle-ci a été prise une micro-seconde avant le coup de bec sur le téléphone du Mâle.

Poule Monique

(A l’arrière-plan, on aperçoit un bout de plume de l’arrière-train de Papaye, qui n’entre pas dans ce genre de considération et attaque un brin d’herbe d’un air dédaigneux).

Sinon, quand on n’essaye pas de la prendre en photo Monique est également pacifiste, fait plein de câlins, et, comme sa frangine, est une happy poulette rescapée d’une vie d’exploitation affreuse, qui a réchappé de justesse à l’abattoir grâce à une asso sympa et qui coule une retraite funky dans le jardin, en harmonie avec les fourmis et les limaces, ou presque.

Et si tu veux savoir pourquoi elle porte ce joli prénom, écoute ce podcast et intéresse-toi à la folle vie de l’autre Monique la poule (et au passage apprends comment faire du fromage sans assassiner de chevreau, sisi on peut.)

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La douceur de l’oubli

Une casserole sur le feu, de serrer le frein à main, des prénoms, de vieilles embrouilles, des rendez-vous, d’essayer de s’organiser, de fermer la porte en sortant, de noter des choses dans son agenda ou alors de le consulter, de sortir le linge de la machine et puis de le rentrer quand il gèle, des ingrédients dans les recettes, de prendre les granules homéopathiques à distance des repas, ses bonnes résolutions, les langues et certaines histoires des lieux où on a vécu, les anniversaires, le nom des plantes et des oiseaux, les chutes des blagues entendues, sur un banc quelque chose qu’on vient d’acheter, où on s’est déjà croisés, de rentrer le bois à temps pour qu’il sèche, d’éloigner son visage quand on ouvre une porte un peu vite, le bout de papier sur lesquels on avait noté les choses à faire, où on a encore laissé les clés, de se coucher tôt, les promesses et les trahisons, de mettre deux chaussettes identiques, ses peurs.

J’ai ce point commun avec Alphonse Allais: j’ai une mémoire admirable, j’oublie tout.

Dory oubli

Quelques mois à ses côtés

Elle a débarqué sans explication dans nos vies à deux heures du matin devant un bar, toute guillerette, avant de s’installer définitivement chez moi une semaine plus tard, le jour de mon déménagement à la cambrousse, le carrelage pas fini et des cartons partout mais elle elle s’en foutait, elle était déjà en train de joyeusement creuser des trous dans le jardin, dans lesquels j’allais régulièrement me tordre les chevilles en disant plein de gros mots.

Je garde d’elle pour longtemps sa conviction que tout inconnu est un ami qui s’ignore, alors autant lui sauter dessus pour lui lécher le nez, son enthousiasme infini renouvelé tous les matins et à chacune de nos retrouvailles, sa mauvaise foi le jour où on a retrouvé le lit plein de poils et de traces boueuses de petites pattes et que sa tête sur le côté et son regard me disaient que j’étais un peu gonflée de l’accuser, la vision de ses bonds de gazelle dans les prairies, les rivières et la neige, sa passion pour le poêle à bois, après tout la vue sur son dos et ses grandes oreilles était bien aussi jolie que celle des flammes, ses câlins parfois un peu brutaux, tous les rires qu’elle provoquait chez ceux qu’elle rencontrait et sa présence exigeante de tous les instants.

On a creusé à la pioche, les doigts et le cœur glacés, un trou tout au fond du grand jardin là-haut dans la montagne, pas loin des pommiers dont elle raffolait, elle avait l’air si paisible, et puis les flocons ont recouvert les traces de ses jeux dans la neige.