Marcher sur la crête

Alors que le printemps fait déjà exploser les tapis de jonquilles et remplit les terrasses, embarquer encore une fois ses raquettes et son bonnet, avec presque un peu de regret, et prendre les virages qui mènent là-haut. Attaquer la montée, la matinée déjà bien entamée et les nuages menaçants, avec une préparation toute olympique : pas regardé la météo, ni une carte, une vague idée du parcours et un entraînement très relatif cette année, il faut croire que les terrasses et la mer étaient plus attrayantes. Croiser au démarrage, déjà en manches courtes et en sueur, les groupes qui redescendent, emmitouflés jusqu’au nez et piolet accroché au sac à dos, et rire de leur regard. Monter, pas à pas, et se rappeler, le souffle court, que «nulle montagne n’est infranchissable, et qu’il suffit de mettre un pied devant l’autre, inlassablement». Se demander comment les coccinelles solitaires sur la neige savent que le printemps arrive. Attaquer la dernière montée raide jusqu’au col, avec l’euphorie de l’altitude et de la fatigue, le ciel qui se dégage tout à coup et les rapaces qui tournoient à ses côtés. Crier à celui resté en arrière : « viens, quand tu arrives par ici c’est moins raide » et sentir son nez qui s’allonge. L’attendre, tout en haut, dans le vent glacial et la neige sur laquelle les pas font maintenant un bruit parfait, en se remplissant les yeux de tout ça. Prendre le chemin de crête qui conduit au sommet et se demander s’il existe quelque chose de plus beau que ça.

Montée col Puigmal
Monter à la vitesse d’une fourmi au galop
Puigmal arrivée au col
Crédit photos: CT

Commencer la redescente, les doigts congelés, et admirer ses triples boucles piquées sur raquettes, chuter vingt fois, inventer des techniques de toboggan, tomber de fatigue et avancer encore en se rappelant qu’il reste une part de gâteau aux pommes. Prolonger encore un peu la journée au coin du feu en comparant nos coups de soleil. S’endormir le soir comme une pierre, le sourire encore aux lèvres, la tête encore tout là-haut.

Les petites roues du vélo

Ne le lui dîtes pas, mais je bénis ces moments de grâce où elle a fait un cauchemar et me tend les bras, toute triste, et cache son nez dans mon cou, ses boucles blondes redessinées par la sueur de sa sieste. J’ai rêvé que la maison s’envolait… Ou lorsqu’elle se cogne un orteil dans la table en mimant le kangourou, sa spécialité du moment, et qu’elle me tend son pied encore dodu comme celui d’un bébé pour un bisou qui guérit. Ces moments de fragilité de plus en plus rares, parce que ze suis une grande, et les derniers besoins d’être rassurée avant qu’on enlève pour de bon les petites roues du vélo.

Jeu d'enfance

L’enfant particulière

Elle a fait mentir tous les pronostics. Aujourd’hui elle court, trépigne, rit à ses propres blagues et à ses doigts fripés après son bain, vit des joies et des peines aussi immenses que celles des enfants qui ne sont spéciaux que pour leur famille. Je sais que depuis là où elle est, l’Absente la regarde grandir avec une fierté infinie.E balançoire