Assumer ses choix

 

Cerisier en fleurs hamac

« -Tu es sûre que le centre ville ne te manque pas?

-Comment te dire… Oui. »

 

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L’entre-deux

Sieste neige

Et quand vient le mois de Mars
Et le soleil flamboie
L’hiver et le printemps
Ne s’embrassent-ils pas ?

 

La douceur de l’oubli

Une casserole sur le feu, de serrer le frein à main, des prénoms, de vieilles embrouilles, des rendez-vous, d’essayer de s’organiser, de fermer la porte en sortant, de noter des choses dans son agenda ou alors de le consulter, de sortir le linge de la machine et puis de le rentrer quand il gèle, des ingrédients dans les recettes, de prendre les granules homéopathiques à distance des repas, ses bonnes résolutions, les langues et certaines histoires des lieux où on a vécu, les anniversaires, le nom des plantes et des oiseaux, les chutes des blagues entendues, sur un banc quelque chose qu’on vient d’acheter, où on s’est déjà croisés, de rentrer le bois à temps pour qu’il sèche, d’éloigner son visage quand on ouvre une porte un peu vite, le bout de papier sur lesquels on avait noté les choses à faire, où on a encore laissé les clés, de se coucher tôt, les promesses et les trahisons, de mettre deux chaussettes identiques, ses peurs.

J’ai ce point commun avec Alphonse Allais: j’ai une mémoire admirable, j’oublie tout.

Dory oubli

Quelques mois à ses côtés

Elle a débarqué sans explication dans nos vies à deux heures du matin devant un bar, toute guillerette, avant de s’installer définitivement chez moi une semaine plus tard, le jour de mon déménagement à la cambrousse, le carrelage pas fini et des cartons partout mais elle elle s’en foutait, elle était déjà en train de joyeusement creuser des trous dans le jardin, dans lesquels j’allais régulièrement me tordre les chevilles en disant plein de gros mots.

Je garde d’elle pour longtemps sa conviction que tout inconnu est un ami qui s’ignore, alors autant lui sauter dessus pour lui lécher le nez, son enthousiasme infini renouvelé tous les matins et à chacune de nos retrouvailles, sa mauvaise foi le jour où on a retrouvé le lit plein de poils et de traces boueuses de petites pattes et que sa tête sur le côté et son regard me disaient que j’étais un peu gonflée de l’accuser, la vision de ses bonds de gazelle dans les prairies, les rivières et la neige, sa passion pour le poêle à bois, après tout la vue sur son dos et ses grandes oreilles était bien aussi jolie que celle des flammes, ses câlins parfois un peu brutaux, tous les rires qu’elle provoquait chez ceux qu’elle rencontrait et sa présence exigeante de tous les instants.

On a creusé à la pioche, les doigts et le cœur glacés, un trou tout au fond du grand jardin là-haut dans la montagne, pas loin des pommiers dont elle raffolait, elle avait l’air si paisible, et puis les flocons ont recouvert les traces de ses jeux dans la neige.

La vie cambroussarde

Se demander avec la poilue si aujourd’hui on va aller dire bonjour aux brebis, puisqu’on a copiné avec les bergers, aux chevaux, aux ânes ou aux cochons. Croiser le chemin d’une genette en se baladant (évidemment c’est V qui m’a trouvé son nom, je lui avais raconté toute excitée avoir rencontré une loutre – guépard –  chat à queue d’écureuil juste à côté de la maison). Se blottir contre le poêle dès la tombée du jour en bénissant pour une fois la nuit qui arrive si vite. Devenir d’ailleurs complètement obsédée par le stockage de bois («Ah tu en as marre de cette magnifique sculpture en bois flotté? Ah tu ne fais rien de cet arbre/cette branche mort(e)? Ça t’embête si je l’emmène?» « Une balade romantique dans la forêt, mais oui bonne idée, attends je mets en charge la batterie de la tronçonneuse»), peut-être après avoir observé la buée sortir de sa bouche à l’intérieur de la maison alors qu’on n’était même pas encore en hiver. Se sentir invincible la première fois qu’on fend des bûches à la hache, et se faire les biscottos sur la scie, en ramassant la sciure pour les toilettes sèches des copines. Sortir des araignées maousses de la chambre, emprisonnées dans un bocal, en faisant semblant de ne pas du tout être impressionnée. Saluer le renard les soirs où la nuit nous surprend sur la route du retour. Revenir de balade avec des châtaignes, des noix ou des arbouses plein les poches. Avoir constamment de la boue plein les chaussures et les ongles noirs de cendres, et se surprendre toute guillerette de mettre une jupe pour aller en ville. Se constituer une garde-robe pleine de chaussettes en laine et de gilets chauds, et empiler les bocaux de riz et de fruits secs dans l’ancienne grande cheminée qui prend la moitié de la cuisine.

Petit bois chaussures rando