L’école buissonnière

C’est le soleil qui m’a réveillée hier. Après quelques jours de grisaille, j’ai senti l’effet plante verte et le besoin urgent d’être à l’extérieur; j’ai planté là l’ordinateur, le travail et autres joyeusetés administratives et suis allée me balader au bord de la mer. L’odeur entêtante de l’iode, la brûlure du soleil sur mon visage, la couleur et la pureté incroyables de la mer, du sable plein les chaussures et un petit vent frais pour que la température soit parfaite. Quelques couples de retraités, un ou deux solitaires promenant leur chien, des sourires ou quelques mots échangés en se disant avec les yeux qu’on est bien conscients d’être des privilégiés absolus, sauter une grille qui barrait le sentier que j’avais envie de prendre, et puis, je te jure que c’est vrai, au milieu d’un des campings déserts, un poste allumé solitaire qui diffusait les premières notes d’une vieille chanson qui tombait tellement juste : « Seul sur le saaaable, les yeux dans l’eau… »  Au retour, prise en flag, un type est là contre la grille en train de faire des photos. Mais il me tend une main pour m’aider à la passer et on disserte un moment sur la philosophie des sentiers interdits et de l’utilité de briser les chaînes, avant de chacun continuer notre route. J’ai dégusté chaque pas, chaque odeur et chaque vue, avec un délicieux goût d’école buissonnière.

Et puis je suis allée manger en terrasse avec mon père dans le port, je crois bien que j’ai même pris un tout petit coup de soleil, et après je suis passée chez lui récupérer de vieilles photos dans la belle malle en bois de l’entrée de sa maison. Cette fois-ci elles ne m’ont pas rendue triste, ou fait penser comme à d’autres occasions qu’on était heureusement si loin de s’attendre aux claques magistrales qui nous attendaient, aux absences qu’on apprend doucement à apprivoiser, au temps assassin qui emporte avec lui les rires des enfants et nos styles improbables, et on a juste rigolé en retrouvant des noms et des lieux oubliés, admiré des visages, débattu sur des souvenirs enfouis un peu trop loin au fond de nos mémoires.

Alors voilà, à six ans je voulais déjà discuter avec les animaux et ouvrir la cage aux oiseaux (et puis oui, moment confession intime, j’ai moi aussi été élevée au Nutella et au lait UHT, on s’en remet) et je courais les montagnes avec ma magnifique Oma.

Finalement les choses importantes ne changent pas vraiment.

Petit déjeuner perruche

Heidi montagne

 

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La douceur des mains des grand-mères

Elle avait été hospitalisée pour une infection, qui ne s’est au final pas révélée grave. Lorsque je suis allée la voir, elle se plaignait d’ongles cassants et m’a demandé de lui attraper une lime à ongle dans son sac à main. Comme elle ne s’en sortait pas, je lui ai fait une petite manucure improvisée et j’ai admiré ses mains, frêles comme de petits moineaux, que j’aime tant regarder lorsqu’elles font virevolter des aiguilles à tricoter, lorsqu’elles allument tous les soirs au moment où le soleil baisse un feu dans la grande cheminée de sa maison là-haut dans la montagne, et qui cuisinent lentement des miracles. Des mains qui ont aussi bercé, caressé, essuyé des larmes, ordonné, serré des mains illustres, organisé de grands dîners, «tenu des maisons» un peu partout dans le monde comme elle le dit,  qu’elle agite parfois devant elle lorsqu’elle s’énerve.

J’aime profondément l’idée qu’on puisse s’adopter, décider de devenir grand-mère et petite-fille de cœur, et choisir de créer ce joli lien d’entraide et de douceur, comme petit cadeau supplémentaire à nos familles biologiques.

Lorsque je lui ai demandé quoi lui ramener à ma prochaine visite, elle m’a demandé de lui acheter un miroir. On vient de fêter ses 87 ans.

Couleurs du marché

Et puis, l’été, on allait parfois au marché, plus colorées qu’un automne canadien.
Crédit photo : Anaïs A, sa petite fille biologique et ma ptite chérie

Le développement de l’écriture inclusive

Cher.e concitadin.e, je suis vraiment ravie que tu (puisqu’on dirait qu’on se tutoie, tu as raison c’est tellement plus convivial) aies pris la peine, dans ce moment où tu avais l’air un peu énervé.e en déposant ce billet sur mon pare-brise après avoir fait un joli dessin avec ta clé sur la carrosserie, de respecter les règles de base de l’égalité des genres en prenant soin de ne pas négliger l’écriture inclusive (maintenant que nous sommes amis, je me permets juste de te conseiller de revoir quelques autres règles grammaticales et orthographiques de base).

Note pare brise

Et puis je voulais aussi te remercier, parce que tu m’as sûrement un peu aidée à me décider : amuse-toi bien avec ton petit carnet justicier et ta colère, moi, je quitte la ville.

Les soirées Tous à Poêle

On avait fait connaissance avec la chouette asso Tous à Poêle lors d’un week-end familial épique où on avait momentanément perdu tous les enfants (et une partie des parents) pendant un orage de grêle et qu’on s’était abrités dans un des refuges libres de cette jolie vallée. Arriver trempés jusqu’aux os dans un refuge, y trouver un poêle, du bois rentré, une toile cirée avec des coquelicots dessus et même du fil et des pinces à linge pour tenter de faire sécher les vêtements (et même le duvet négligemment accroché à l’extérieur du sac par un membre de l’équipe pas très prévoyant, bisous D.), un stock de bougies et d’allumettes, une micro-bibliothèque et d’autres petites attentions laissées à l’intention des gens de passage par de parfaits inconnus, ça redonne foi en l’humanité je trouve. J’adore cette idée de bien commun, respecté par et accessible à tous, et que chacun y laisse anonymement quelques biscuits, un bouquin ou une scie. Il me semble y retrouver cet esprit d’entraide spontané et désintéressé que j’ai déjà rencontré souvent à la montagne, peut-être un héritage d’une époque plus rude…

Refuge tous à poêle nuit

Envie de nature et de froid revigorant, on est repartis dans le coin ce week-end, la météo prévoyant gentiment « quelques flocons ». Une tempête de neige plus tard, on était ravis de retrouver les délicates attentions et même un élégant porte-bougie en vertèbre, et une fois confortablement installés, on a commencé à scier du bois – je voulais m’entraîner à ma future vie forestière potentielle (quand j’étais petite, ma grande sœur me disait que je deviendrais une femme Viking si j’arrivais à prendre des douches très froides, je n’ai pas complètement abandonné l’idée). Finalement le poêle consommait un peu beaucoup, on (enfin l’Homme) a du se relever toutes les deux heures puis toutes les heures pour que le feu ne s’éteigne pas complètement, on a repris une session sciage à trois heures du matin et c’est quand la glace à l’intérieur des vitres a enfin fondu que la condensation a commencé à nous gouter sur la tête, ploc…

Une nuit délicieuse donc, et quand le soleil s’est enfin levé, la vue valait tous les grelottements du monde.

Refuge tous à poêle neige
Crédit photos: CT

Troquer

J’avais commencé à parler ici de quelques manières de consommer moins et autrement, et une amie m’avait proposé un troc pour un service rendu. Même si le troc n’est pas forcément la panacée ultime pour moi, dans l’absolu je suis aussi en faveur des dons sans contrepartie, je me suis prise au jeu et me suis fait très plaisir à lui préparer un tas de petites choses qui correspondent à des valeurs importantes pour moi (et il me semble pour elle) : consommation locale autant que possible, petites choses faites maison, sans déchets et surtout bons produits !

Sa petite cagette surprise contiendra donc :

-Un pot de confiture maison

-Une bouteille du vin des faucheurs (j’ai eu la chance de rencontrer et pouvoir échanger avec les faucheurs ariégeois lors d’une soirée, ils m’ont redonné la foi en l’humanité…)

-Quelques citrons du jardin de mon papa

-Des kiwis ramassés chez le producteur (bio of course) en auto-récolte en fin de saison, beaucoup moins chers que dans le commerce et rigolos à récolter, surtout par 3 degrés et un vent à décorner les licornes 🙂

-Des amandes cueillies sur des arbres sauvages

-Un savon maison (version toute nouvelle : huile d’olive – flocons d’avoine)

-Un tawashi

Savon tawashi fruits

-Des épices ramenés de voyage (poivre et clous de girofle du Sri Lanka, délicieux…)

-Un pot de Gomasio maison amélioré (100 g de sésame grillé, 10g de sel, une cuillerée de spiruline)

-Un bocal de « cruffes » dattes-cajou-sésame (d’après la recette de Natasha ici)

-Un avocatier que j’ai fait pousser depuis un noyau (après beaucoup de tentatives, je confirme, le mettre directement en terre fonctionne bien mieux que le coup du verre d’eau…), rempoté dans une boîte de conserve.

Voilà, il me reste à trouver une jolie cagette et en avant pour la livraison, plus qu’à croiser les orteils pour que le tout la ravisse !

Cagette troc

 

 

Hiberner

Un lundi après-midi où la moitié du pays est en alerte météo pour toute un tas de joyeusetés, regarder la pluie tomber, allumer les lumières dans l’appartement sombre, annuler une sortie qui avait pourtant l’air chouette et se lancer dans la préparation d’un tas de bonnes choses pour un repas entre amies le lendemain. Résultat, le four à bloc et un œil de chaque côté de la cuisine avec les odeurs qui se mélangent, j’ai éteint le chauffage, tombé mes deux pulls et retrouvé un grand sourire.

Au menu donc :

Salade de chou chinois, radis noir râpé, carottes râpées, pommes, coriandre, sésame et sa petite sauce moutarde-miel-jus d’orange. Presque tout vient de l’AMAP, il faut parfois de l’imagination pour écouler les quelques tonnes hebdomadaires de légumes d’hiver (le radis noir c’est bon pour le foie mais le goût fait pas toujours rêver…)

Salade

Tarte à la courge et graines de courge grillées (pâte sarrasin – huile d’olive – cumin)

Tarte courge

Tarte banane-coco-cardamone, j’avais trouvé la recette dans un livre de cuisine ayurvédique et ça faisait un moment que je cherchais des victimes pour la tester avec moi… Je sais, les bananes c’est pas du tout local ni de saison, il est bon d’avoir des principes pour pouvoir les transgresser de temps en temps.

Tarte banane

(On me dit dans l’oreillette que les marmottes ne mangent pas quand elles hibernent, c’est pour ça que je suis bien contente de ne pas être une marmotte).

 

La soupe récup

J’ai à nouveau eu cette conversation hier soir, qu’on pourrait résumer par « mais comment fais-tu pour vivre sans travailler à plein temps? »

Il y a tant de choses à dire, parler d’achats tellement moins fréquents et d’occasion une fois qu’on s’est rendu compte qu’on déborde toujours d’objets, de récup, de troc, de partage, de circuits courts, de fabrication maison, de combien tout ceci est joyeux et créatif et pas du tout frustrant comme ils le pensent souvent, mais je n’ai pas toujours l’énergie d’argumenter en trouvant les bons mots – je promets d’essayer d’y revenir, par petites touches!

Et puis avec l’arrivée de la fraîcheur, j’ai constamment envie de soupes, à déguster bien fumantes…

Du coup, petite recette du jour, à base d’ingrédients qu’on jette (ou composte!) souvent sans y penser: les fanes de radis.

Ingrédients:

  • Les fanes d’une botte de radis (non traités of course!)
  • Deux pommes de terre
  • Un oignon

Fanes de radis

Faire revenir l’oignon émincé avec les fanes dans un peu d’huile d’olive dans une casserole pendant quelques minutes. Ajouter les pommes de terre coupées en petits morceaux et laisser dorer un peu. Ajouter l’eau, laisser cuire une vingtaine de minutes, mixer, assaisonner à votre goût, c’est prêt!

Velouté fanes de radis

La même recette marche aussi avec des orties (jeunes pousses à récolter fraîches en saison) ou des fanes de carottes mais j’ai un petit faible pour celle-ci, vraiment délicieuse et étonnamment crémeuse.

Bon ap!

Les dimanches soirs Aloo Paratha

C’était dimanche, il faisait frais, il restait des pommes de terre de midi et de la coriandre, et je me suis rappelée de cette délicieuse recette découverte au Sri Lanka, même si elle est plutôt originaire du Nord de l’Inde.

Comme toujours, j’ai customisé la recette, remplacé le ghee par de l’huile d’olive et la farine complète par un mélange de farine blanche et d’épeautre, achetée pour faire les wraps de Natasha que j’avais misérablement ratés (mais je ne m’avoue pas vaincue).

Farce aloo paratha

Pour la farce, j’ai juste utilisé des pommes de terre écrasées à la fourchette, de l’ail, un peu de piment, de curcuma et de la coriandre fraîche. Avec un peu de mesclun de l’AMAP, le bonheur si je veux.

Aloo Paratha

Et puis après on est allés voir ce film, un peu par hasard, j’avais juste vu les images magnifiques dans la neige de la bande-annonce. Un vrai instant de poésie, dans un monde dont l’extrême brutalité est tout juste suggérée et m’a tenue les poings et la mâchoire serrés jusqu’à ce que la lumière se rallume. Des instants de grâce, qui flirtent parfois avec le ridicule, tellement cette fille toujours filmée auréolée de lumière est paumée, on ne saura pas pourquoi… Mais j’en retiens cette réflexion de la réalisatrice qui m’a beaucoup parlé: «Étant moi-même assez taciturne, je sais tout ce qui peut se dissimuler derrière un visage parfaitement lisse – d’infinies souffrances, des aspirations et des passions – en un mot, l’héroïsme du quotidien. En arpentant les rues, j’observe les passants et je suis consciente que même le visage le plus ennuyeux, le plus stupide et le plus disgracieux peut cacher des merveilles.»

Et puis le poème qui l’a inspirée pour écrire ce film:

Le cœur, flamme vacillante,
Le cœur, pris dans d’épais nuages de neige,
Et pourtant, à l’intérieur, des flocons se consument dans leur vol,
Comme les flammes éternelles des lueurs de la ville.

Les livres qu’on ne lira pas

Je suis à nouveau en pleine période de tri. Peut-être le changement de saison, mes lectures récentes sur le minimalisme, ou plus vraisemblablement la procrastination?

Je me suis rendue compte que me séparer des livres était une des choses les plus difficiles à faire en période de désencombrement. Je ne sais pas pourquoi je tiens autant à la présence physique des livres, j’aime en corner les pages, écrire des choses dans la marge, les ouvrir au hasard, les commencer par la fin, les prêter… Les liseuses électroniques me dépriment, je préfère comme disait l’ami Sartre « honorer mes mains de leur poussière ».

Quelle ne fut donc pas ma joie, en contemplant le chaos monstrueux qui règne sur ma table transformée en bureau (je ne fais même plus semblant de penser y manger un jour à nouveau), de tomber sur un tuto porte-papiers à base de livre.

Porte docs

Contrairement au tuto, je n’ai pas utilisé un livre de gare, mais un bouquin trouvé dans ma bibliothèque dont je me demande encore où je l’ai récupéré (il est impossible que je l’aie acheté – ou à la limite dans l’exaltation d’un vide-grenier?) et comment je persistais à penser que je le lirais un jour. Remarquez que l’avantage de ce procédé est qu’on ne renonce pas vraiment à l’ambition de le remettre en forme et de le (re)lire, ce qui est un avantage pour les gens tout à fait réalistes comme moi.

Boulgakov

Voilà le chef d’œuvre, que Boulgakov me pardonne, Marguerite m’est devenue bien plus utile (et ma table de travail est presque bientôt rangée).

Porte documents

 

La lessive sans peur et sans reproche

La peau est notre organe le plus étendu, alors autant faire attention à ce qu’on y met…

Après les soins réduits au minimum (savon maison dans la douche, que je prends en général un jour sur deux ou trois, huile de coco ou beurre de karité – que je ramène si possible de voyage – si peau sèche et zou), je me suis intéressée au problème du nettoyage, et d’abord du linge. De nombreux sites proposent des recettes de lessive maison, souvent à base de paillettes de savon, qui semblent fonctionner très bien. J’étais gênée par le fait que le savon semble encrasser les tuyaux, et qu’il faille donc faire de temps en temps un lavage à 90°, ce que je ne fais jamais. Je suis donc retournée à la base, les noix de lavage. Ces noix, également appelées Rhita, sont issues d’un arbre cultivé généralement en Inde ou au Népal, et contiennent naturellement de la saponine.

Noix rhita

On peut leur reprocher de venir de loin; cependant, les produits utilisés pour les mélanges maison ne sont vraisemblablement pas locaux non plus, et je trouve plus intéressant d’utiliser des produits bruts, de qualité bio, et qui fonctionnent très bien.

Mode d’emploi:

  • Enfermer trois ou quatre noix dans une chaussette, ou dans la pochette en coton parfois fournie avec les noix de lavage. Les casser un peu plus si possible, en les écrasant avec le dos d’une fourchette par exemple.
  • Les mettre dans le tambour avec le linge, et c’est tout! On peut les réutiliser trois ou quatre fois – personnellement je les utilise quatre fois, je ne fais que des cycles courts à basse température. Elles sont ensuite compostables.

Noix de lavage

  • Pour rentabiliser les lavages et l’eau et l’énergie dépensée, je fais des machines bien pleines – il m’arrive de séparer le blanc lorsque j’en ai beaucoup, surtout en été, sinon en général, l’un des avantages des habits d’occasion est qu’ils ne décolorent plus!
  • Je fais donc en général au maximum une lessive par semaine, parfois moins, et le sac d’un kilo de noix me dure plus d’un an, c’est donc aussi une solution ultra-économique – le paquet coûte une dizaine d’Euros en magasin bio.
  • En cas de lessive très sale, j’ajoute parfois une ou deux cuillères à soupe de bicarbonate dans le bac à lessive.
  • En cas d’eau très dure, on m’a conseillé comme adoucissant l’utilisation de vinaigre blanc dilué à moitié dans de l’eau, mais je n’ai jamais essayé.
  • Si vous souhaitez retrouver l’odeur de « propre » de vos anciennes lessives, ajouter quelques gouttes d’huile essentielle de votre choix dans l’eau de rinçage – le tea tree est un désinfectant très efficace, par exemple pour les couches lavables. Je me suis complètement habituée à l’absence d’odeur et je n’arrive plus à dormir dans des draps qui sentent la lessive chimique, je me réveille en général avec un mal de gorge et les yeux qui brûlent (merci l’hôtel pendant mes déplacements professionnels…), preuve s’il en est besoin de l’agressivité des produits utilisés.

Voilà, bons nettoyages d’automne à vous!