Agrandir la tribu

Certains indices laisseraient à penser qu’une nouvelle copine poilue se soit greffée au déménagement… Depuis, je n’ai pas trop le temps de défaire des cartons, trop occupée à l’observer faire de nouvelles expériences de guedin chaque jour. Au programme d’hier: combat en duel contre l’aspirateur (je crois que chacun des adversaires estime secrètement avoir gagné), dégustation de gravier, de fil électrique et d’espadrille, et puis l’un des grands plaisirs de la vie: sieste dans le hamac la tête sur le ventre de l’être aimé.

Empreintes chien

Prometteur.

Ballon crevé

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Te quitter

Pour ce grand firmament patiemment dessiné

Et pour ce ciel vivant où nous nous sommes planqués

Pour les nombreux tourments si souvent contournés

Et pour tous les suivants où tu vas me manquer

Je te quitte

Ciao la ville, les fadas plein les rues, le bruit des camions poubelles à l’aurore, le béton qui étouffe les plus petits brins d’herbe, et puis le ciné d’art et essai au coin de la rue, les terrasses accueillantes qui m’auront tant fait procrastiner, les sorties improvisées au dernier moment, le vélo en contresens, les chouettes petits commerces à portée de pieds, et mon premier vrai chez moi.

Bonjour la cambrousse, les ragots plein les ruelles, la connexion hasardeuse, bonjour aussi les hirondelles qui remplacent les pigeons obèses unijambistes, la rivière toujours fraîche avec les libellules qui volent au-dessus, l’ombre du grand cerisier dans le jardin, la solidarité des voisins, le temps qui s’étire au clocher de l’église, la révolution autour d’un verre les jours d’ouverture de l’unique café du village, les montagnes à portée d’œil et le café les doigts de pieds dans l’herbe déjà un peu fraîche au petit matin avec dans le nez l’odeur de la cuisson du pain du voisin.

Bye bye la ville où j’ai vécu tant de choses, je te quitte.

Les temps changent

Quand ils sont tous partis, il restait des bières plein le frigo, une bouteille de vin (bio) pas entamée, des gâteaux faits maison (dont un sans gluten) pour un régiment, et les oublis de fin de soirée n’avaient pas la même apparence qu’il y a… Combien de temps déjà?

Fin de soirée

Et puis je me suis levée beaucoup trop tôt et avec un grand sourire, j’ai ramassé le foutoir en écoutant Bobby qui le savait déjà il y a longtemps, j’ai planté les cartons là et je suis allée boire un café au soleil.

 

Les déclarations silencieuses

Il m’a dit un jour: « Ce que tu as écrit sur ton blog m’a ému ». J’étais tellement surprise que lui ai répondu sans réfléchir que je l’avais écrit pour lui, il m’a dit « Je sais ». La conversation était terminée, et c’était sans doute une des plus vraies qu’on ait eues depuis des années. Il me semble qu’il y avait là-dedans plein d’amour, tout ce qu’on n’a jamais appris à se dire, sa gentillesse immense parfois maladroite, et une façon silencieuse de nous dire « je sais que tu es là pour moi ».

Enfance montagne

 

Les questions existentielles

  • Pourquoi cette envie soudaine de faire des roues (ou du gainage, ou des équilibres, mais surtout des roues) dès qu’on pose un orteil sur une plage?
  • Pourquoi cette pulsion irrésistible de se curer le nez en voiture au feu rouge?
  • Pourquoi il faudrait « vivre avec son temps », et puis qu’est ce que ça veut dire vivre avec son temps? Dans le contexte où je l’entends souvent c’est avoir un smartphone… As-tu vraiment décrété que c’était ça le meilleur de notre époque?
  • Pourquoi la plupart des gens disent-ils aimer les animaux en grattant la tête de leur chat, en se resservant un morceau de vache et en paniquant à la vue d’une inoffensive araignée?
  • Est-ce que les enfants courent après les pigeons depuis le commencement des temps?
  • Pourquoi arrête-t-on un jour d’aimer? (les brocolis, cette personne sans laquelle on pensait que rien n’aurait de sens, courir derrière les pigeons?)
  • Quel jour est-ce qu’on devient adulte, quand est-ce qu’on devient vieux? Finalement finalement, faut-il bien du talent, pour être vieux sans être adulte?
  • Pourquoi, même si on prétend le contraire, a-t-on si peur du changement? (N’y voir aucune relation quelconque avec un déménagement prochain et des cheveux tombant par poignées)
  • Pourquoi l’indifférence, pourquoi l’égoïsme, pourquoi en vrai les gentils ne gagent pas toujours à la fin?
  • Pourquoi c’est si difficile d’être en paix avec soi et les autres?

Je fais ici la promesse solennelle aux enfants (et aux plus grands) dont j’ai le bonheur d’être entourée, de ne jamais répondre à aucune question, même si certaines me plongent dans un abîme de réflexion, par un définitif, tueur de créativité et sinistre « parce que c’est comme ça ».

Chateau de sable

 

La douceur des étés

… Quand elles débarquent comme deux petits tourbillons, que le temps file trop vite entre les apéros sirop de fraise dans le port, la confection de gâteaux au yaourt pour le goûter alors qu’il fait bien trop chaud pour allumer le four, les jeux à l’intérieur pendant les après-midi écrasés de chaleur,  les histoires relues cent fois, les châteaux de sable qui s’écroulent trop vite, les câlins parfois un peu violents dont on ne se plaint jamais, ou alors juste pour rire, les questions étonnantes qui font réfléchir, les quelques idées qu’on essaye de leur glisser juste en passant, quand on voudrait passer des heures à les regarder grandir mais qu’elles ne nous en laissent jamais le temps et que c’est parfait comme ça.

Doudou lunettes

Jus de pastèque

Gâteau yaourt

Saler la vie

Je ne sais plus exactement comment je suis tombée sur « le sel de la vie », de Françoise Héritier. Je crois que M. m’en a parlé après que j’aie entendu Marc Augé, son mari, anthropologue et écrivain lui aussi, un matin à la radio, raconter son concept des BMT, des « Bonheurs Malgré Tout », que j’ai tellement aimé. Et puis je suis tombée sur ses textes un peu partout, comme cela arrive souvent lorsqu’on découvre quelque chose qui nous parle… Lorsque j’ai finalement, après une longue attente, pu emprunter Le Sel de la Vie à la bibliothèque et que je l’ai reposé après l’avoir lu d’une traite, puis relu, une petite liste sans queue ni tête m’est venue au bout du stylo.

Essayer de reconnaitre un animal au bruit qu’il fait en fuyant dans les feuilles mortes, se faire indiquer un lieu où l’on va passer quelques jours « après le troisième virage au bout de la piste entre le banc et les sapins », partir en ballade à l’heure exacte où la météo prévoit un orage, prendre le temps d’apprivoiser son nouvel environnement, faire connaître à ses amis des films qu’on a aimés et lire grâce à eux des livres qui ouvrent de nouveaux horizons, et puis le contraire, en trouver dans une donnerie, s’endormir au son des gouttes de pluie sur les fenêtres, cueillir un flocon de neige sur le bout de sa langue, plonger ses yeux dans le regard doux d’un âne, essayer de bricoler, s’entailler les doigts, pester et être finalement ravi du résultat, participer à un vide-grenier et voir de vieux objets partir vers une nouvelle vie, faire des listes pour arrêter de tout oublier, noter des idées sur le dos d’enveloppe ou de vieux tickets de caisse et les retrouver bien plus tard, mordre dans des cerises, des figues, des framboises, des myrtilles, des fraises des bois ou n’importe quel autre fuit cueilli au bord du chemin, partir dans tous les sens et voir se dessiner petit à petit une direction, persévérer à donner un sens à son travail, prendre une araignée dans ses mains pour montrer à un enfant qu’il n’a pas besoin d’en avoir peur, étendre des draps dans le vent, sautiller longtemps dans les vagues pour que l’eau bien trop froide n’atteigne pas tout de suite son nombril aux premiers bains de l’année, s’assoir avec des inconnus autour de la seule table au soleil sur la minuscule terrasse d’un restaurant, tester une nouvelle recette, tricher pour calculer la surface d’un quadrilatère, observer les hirondelles nourrissant leurs petits sous les toits, admirer la parade amoureuse des papillons, retarder longtemps le moment d’exécuter une tâche fastidieuse et se rendre compte à chaque fois que c’était beaucoup plus facile que prévu, manger seul au restaurant par obligation et l’apprécier pleinement, écouter sonner la cloche du village tous les quarts d’heure, ne pas avoir envie d’allumer le chauffe-eau par une soirée fraîche et faire chauffer une casserole d’eau pour se doucher au seau, se faire une infusion de plantes sauvages tout juste cueillies, admirer sous un soleil éclatant depuis le sommet d’une montagne une mer de nuages, monter jusqu’au muret un verre à la main et s’assoir sur les pierres chaudes pour attraper les derniers rayons du soleil, être réveillé à l’aube par Napoléon le coq, lire les commentaires crayonnés dans la marge et les passages soulignés par les autres lecteurs sur les livres empruntés à la bibliothèque et aimer partager cette intimité, jouer dans la boue, rire à en avoir des crampes, changer d’avis souvent mais garder ses amis longtemps.

Que ma joie demeure

La machine à remonter le temps

L’enfance, sous d’autres cieux. Un sourire, un regard fixe, une rencontre qui dure parfois juste un instant. Se demander comment ils vivent, quel est leur futur, à quelle vitesse et avec quelle douceur ils deviendront adultes.

Saint Augustin Madagascar

Saint Augustin, Madagascar

Antsirabe Madagascar

Antsirabe, Madagascar

Zriba Tunisie
Omar, chez lui, à Zriba, en Tunisie

Bain République Dominicaine
L’heure du bain, République Dominicaine

L'Aid à Wa, Ghana
Wa, Nord du Ghana, le jour de la fête de l’Aid

Jeune mère peule Burkina Faso

Enfants peul Nord Burkina Faso
Jeune mère et enfants peuls, Nord du Burkina Faso
Marché Tamale Ghana
La petite vendeuse de sel, marché de Tamale, Ghana
Tongo Hills Ghana

Le grand-père et la petite fille sur le sanctuaire, Tongo Hills, Ghana

J’ai lu quelque part qu’on n’a pas besoin de machine à remonter le temps si on sait se souvenir. Quelles images gardez-vous de votre enfance?

(Cet article a initialement été publié en Anglais sur mon ancien blog.)